Un employé regarde une vidéo obligatoire sur la sécurité, signe un formulaire et entame son quart de travail. Sur papier, la formation est terminée.

Mais l’employé est-il capable d’identifier un produit dangereux, d’arrêter l’équipement en toute sécurité ou de réagir correctement en cas d’urgence?

Lorsqu’une formation est donnée trop rapidement, offerte dans une langue seconde ou remplie de termes techniques, il est possible qu’un employé ne sache pas comment réagir en cas de réel problème, même si sa formation est « réussie » selon les dossiers.

Alors que le Canada souligne la fête du Travail ce 7 septembre, il convient de se poser une question pratique : vos communications sur la sécurité au travail sont-elles efficaces?

Les milieux de travail du Canada sont multilingues

Selon le recensement de 2021 de Statistique Canada, près de 670 000 personnes, soit environ un travailleur canadien sur 25, utilisaient une langue autre que le français ou l’anglais au travail. Les milieux des soins de santé et de l’aide sociale, du commerce de détail, de l’hébergement et des services alimentaires en comptent le plus grand nombre, où le mandarin, le pendjabi, le cantonais et l’espagnol sont parmi les langues non officielles les plus couramment utilisées.

Bon nombre de ces travailleurs utilisaient également l’anglais ou le français au travail, mais une capacité conversationnelle n’équivaut pas nécessairement au niveau requis pour la compréhension technique. Un employé peut être à l’aise de discuter des horaires et des tâches quotidiennes en français, mais avoir du mal à comprendre les instructions de manipulation des produits chimiques, les avertissements sur l’équipement ou les procédures d’urgence.

Les besoins de la main-d’œuvre en priorité

Les employés apprennent souvent des procédures en observant leurs collègues, ce qui fonctionne bien jusqu’à ce qu’il se produise un imprévu : un déversement de produits chimiques, une panne d’équipement ou une évacuation, par exemple. C’est précisément dans ces moments-là qu’on ne devrait rien laisser au hasard.

Les formations sur la sécurité, les procédures d’urgence, l’information sur les produits dangereux et le signalement des incidents comportent plus de risques qu’un simple bulletin d’information. Les employeurs doivent accorder la priorité à l’information essentielle pour les employés, surtout lorsqu’il s’agit de santé, de sécurité ou de droits du travail.

Repérez les obstacles potentiels à la communication.

Posez-vous les questions suivantes :

  • Quelles sont les langues que les employés comprennent le mieux?
  • Quels employés peuvent avoir de la difficulté à lire des textes techniques en français ou en anglais?
  • Les nouveaux employés sont-ils réticents à poser des questions lorsqu’ils sont dans un groupe?
  • Les superviseurs doivent-ils expliquer à plusieurs reprises certaines procédures?
  • Des erreurs ou des accidents évités de justesse surviennent-ils parce que les instructions ont été mal comprises?
  • Les travailleurs temporaires, saisonniers ou récemment arrivés reçoivent-ils le même niveau de soutien que les autres employés?

Cette évaluation doit se faire dans le respect. On ne cherche pas à évaluer ou étiqueter les employés. Il s’agit plutôt de déterminer des approches plus efficaces pour transmettre les renseignements sur la sécurité.

Le SIMDUT est formel

Le Système d’information sur les matières dangereuses utilisées au travail (SIMDUT) illustre clairement l’importance de la formation multilingue sur la sécurité au travail. Le système s’applique aux produits dangereux utilisés, manipulés ou stockés dans un large éventail de lieux de travail, y compris les établissements de soins de santé, les hôtels, les restaurants et les commerces de détail.

En Ontario, les employeurs doivent veiller, dans la mesure du possible, à ce que la formation du SIMDUT permette aux travailleurs d’utiliser l’information pour protéger leur santé et leur sécurité. Le guide du SIMDUT de l’Ontario souligne que les obstacles linguistiques et de littératie peuvent compliquer l’évaluation des connaissances acquises par les travailleurs.

La situation n’impose pas pour autant que chaque formation soit traduite dans la langue maternelle de chaque travailleur; les exigences varient d’ailleurs selon les territoires. Elle renforce toutefois un principe simple : rendre l’information disponible n’équivaut pas à la communiquer efficacement.

Une revue régulière de la formation

Le soutien linguistique doit faire partie d’un programme de sécurité continu, et non d’un accommodement ponctuel pendant l’accueil.

Passez en revue la formation chaque fois que :

  • de nouveaux équipements ou produits dangereux sont ajoutés;
  • des procédures changent;
  • un employé change de rôle;
  • un incident ou un accident évité de justesse se produit;
  • les superviseurs repèrent des malentendus récurrents;
  • les besoins linguistiques de la main-d’œuvre changent.

Les employeurs devraient aussi inviter les employés à signaler les instructions qui ne sont pas claires à proposer des améliorations. Les travailleurs savent souvent exactement où se situent les problèmes de communication, mais ils ont besoin d’un cadre sûr et respectueux transmettre leurs remarques.

Liste de vérification pratique pour les employeurs

Avant de considérer qu’une formation en sécurité est complète, assurez-vous des points suivants :

  • les renseignements à risque élevé ont été déterminés et classés par ordre de priorité;
  • les consignes sont rédigées en langage clair et simple;
  • une traduction ou une interprétation appropriée a été fournie;
  • des illustrations et des démonstrations viennent étayer l’information écrite;
  • les employés peuvent poser des questions sans gêne ni crainte de représailles;
  • la compréhension des notions a été validée par des explications ou des démonstrations;
  • une formation supplémentaire est offerte lorsque la compréhension est incertaine;
  • les documents sont mis à jour lorsque les conditions de travail changent;
  • les méthodes de formation et les résultats sont correctement consignés.

La fête du Travail souligne la contribution des travailleurs au quotidien. En veillant à ce que chaque employé comprenne l’information destinée à le protéger, on honore cette contribution de façon pratique.

C’est facile de se contenter d’envoyer des messages, mais pour qu’une formation sur la sécurité soit réussie, il faut que les employés puissent la comprendre, s’en souvenir et agir quand ça compte le plus.

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